jeudi 3 avril 2014

Tu lis trop de livres # 6

J’ouvris tranquillement la porte de mon appartement et entrai. Presque immédiatement, je perçus une bouffée de son parfum. Peut-être n’était-ce pas  du tout du parfum mais l’odeur de mon appartement maintenant habité, et non plus vide comme je l’avais laissé le matin. La sensation merveilleuse que la vie avançait, et que je pouvais en faire partie.
C’était donc ça, me demandais-je, ce que voulais dire « être à la maison » ? Que tout ce que j’avais à faire, c’était de m’annoncer et la vie, comme par magie, commencerait ? «Y a quelqu'un ?» appelai-je.

Steve Tesich « Karoo » Quatrième partie, Pittsburgh - Chapitre 5.1

dimanche 9 février 2014

Tu Ecoutes Trop De Musique #1

A Emmanuelle…

Tu me dis que rien ne passeMême au bout d'un moment | Qu'un beau jour c'est une impasse | Et derrière l'océan | Que l'on garde toujours la trace | D'un amour, d'un absent | Que tu refais surface | Comme hier droit devant | Tu me dis que rien ne sert | La parole ou le temps | Qu'il faudra une vie entière | Pour un jour faire semblant | Pour regarder en arrière | Revenir en souriant | En gardant ce qu'il faut taire | Et puis faire comme avant...

Je peux seulement te dire | Je peux seulement te dire | Qu'il m'a fallu la peur pour être rassuré | Que j'ai connu la douleur avant d'être consolé | Qu'il m'a fallu les pleurs pour ne plus rien cacher | Que j'ai connu la rancœur bien avant d'être apaisé | Tu ne sais pas encore ce que je sais par cœur | Ce que je sais par cœur...beau malheur...

Tu me dis que rien n'efface | Ni la craie ni le sang | Qu'on apprend après la classe | Ou après ses 30 ans | On peut dire 3 fois hélas | Que personne ne l'entend | Comme personne ne remplace | Ceux qui partent pour longtemps | Tu me dis que vient l'hiver | Qu'on oublie le printemps | Que l'on vide les étagères | Qu'on remplit autrement | Qu'on se rappelle les yeux verts | Le rire à chaque instant | Qu'après tout la voix se perd | Mais les mots sont vivants...

Je peux seulement te dire | Je peux seulement te dire | Qu'il m'a fallu la peur pour être rassuré | Que j'ai connu la douleur avant d'être consolé | Qu'il m'a fallu les pleurs pour ne plus rien cacher | Que j'ai connu la rancœur bien avant d'être apaisé | Tu ne sais pas encore ce que je sais par cœur | Ce que je sais par cœur...

Tu me dis que c'est un piège | Un jeu pour les perdants | Que le bateau est en liège | Et l'armure en fer blanc | Que plus rien ne te protège | Ou alors pas longtemps | Que c'est comme un sortilège | D'être seul à présent...

Je peux seulement te dire | Je peux seulement te dire | Pour être rassuré | Avant d'être consolé | Pour ne plus rien cacher | Bien avant d'être apaisé...

Il m'a fallu la peur pour être rassuré | Et j'ai connu la douleur avant d'être consolé | Il m'a fallu les pleurs pour ne plus rien cacher | Et j'ai connu la rancœur bien avant d'être apaisé | Tu ne sais pas encore ce que je sais par cœur | Ce que je sais par cœur...beau malheur...


Music: Emmanuel Moire "Beau Malheur"

vendredi 3 janvier 2014

« Il n'y a pas de bon vent pour celui qui ne sait où il va » - Sénèque

L’amour est une illusion, un mirage rapporté par ce que les autres nous donnent à voir ; c'est-à-dire un mensonge. Hormis le fait qu’il y en ait toujours un qui aime plus que l’autre, la passion se change tout au mieux en attachement et dans le pire des cas en haine. Je déteste les fêtes et je les passe toujours seul sans en éprouver la moindre culpabilité ou tristesse. Cette année, trop bourré par quelques verres d’une bouteille de Champagne dont je viendrais aisément à bout, je n’ai même plus la force de haïr. J’ai résolu ma règle de trois à plusieurs inconnues. Trois, c’est ce qui m’aura amplement suffit pour apprendre et arrêter de croire. Je garde vos sourires et quelques moments fugaces où du bout du doigt j’ai caressé le plaisir d’être heureux à deux avant que s’évanouissent ces instants que vous avez mis tant d’énergie à faire disparaître.  Dois-je aujourd’hui écrire « j’ai tout fait pour vous » ou « j’étouffais pour vous » ? Ce soir je cris encore silencieusement vos noms dans la nuit, levant mon verre à votre bonheur ; celui que vous n’avez pas trouvé à mes côtés et que vous avez fini par vivre avec un autre. Cette nuit, je suis loin de vos pensées, vous êtes dans les miennes… trop souvent. Je me réveille encore parfois vous imaginant baiser avec d’autres et finalement je suis soulagé que vous puissiez être heureux. Moi, je navigue toujours en pleine mer, j’en ai fini avec la boussole ou le gouvernail, je suis toujours contre vents et marées, capitaine au long court subissant les assauts des souvenirs qui finissent par le couler. Perdu, mais vivant, oui il m’arrive encore trop souvent de vous envoyer un appel dans la nuit, de vous aimer alors que je vous ai perdu… d’être encore là quand vous n’y êtes plus. 


Music: London Grammar "Nightcall"

samedi 16 novembre 2013

Tu lis trop de livres # 5










Le temps viendra
où, plein d’allégresse,
tu t’accueilleras chez toi,
devant ton propre miroir,

et chacun sourira devant l’accueil de l’autre,
et dira assieds toi. Mange.
Tu aimeras à nouveau l’étranger que tu étais pour toi-même. 
Offre du vin. Offre du pain. Rends ton cœur
à ton cœur, à l’étranger qui t’a aimé

toute ta vie, que tu as ignoré,
pour un autre, qui te connaît par cœur.
Descends les lettres d’amour de l’étagère. 

les photographies, les billets désespérés,
Détache ta propre image du miroir. 
Assieds-toi. Savoure ta vie. 

Derek Walcott « L’Amour après l’amour »

samedi 2 novembre 2013

« You get what you give » - Buddha


La dernière phrase que tu m’ais prononcée est : « Je ne suis pas heureux avec toi ». Je ne sais même pas comment exprimer la violence que m’infligent ces quelques mots. S’en suit un long silence, le regard hagard. Trop d’émotions tuent l’émotion ; entre les excès d’amour et les relents de haine tout est tellement exacerbé que le vide s’installe en moi. La première chose qui me vient en tête dès que je recouvre mes esprits est de fuir, ce que je ferais le soir même.  Tu es parti fumer une cigarette, j’ai franchi la porte, rien de plus ne s’est échangé et j’ai pris mon taxi en sachant que je ne te reverrai plus. Une semaine, c’est le temps que tu auras tenu avant de retomber dans tes contradictions. Je me doutais bien qu’il y avait quelque chose. Tu passais plus de temps sur ton téléphone que sur moi. Je me revois encore la veille, ramper aux pieds du lit pour subtiliser ton portable (pathétique) et découvrir que tu attendais quelqu’un d’autre. Tu ne voulais pas vivre seul, tu voulais que je vienne et à présent tu as besoin d’être avec toi-même et tu veux que je parte. Le soir même, par dépit je rejoins S. espérant trouver en lui du réconfort, des bras pour me soulager du poids que je porte en moi. Il est heureux de me voir, sans doute content d’avoir sa chance. Et là pendant quatre jours, je subis un véritable lavage de cerveau à coup d’alcool, de manque de sommeil et d’attente. Tous les deux vous êtes construits dans les mêmes matériaux. Ceux avec lesquels on fabrique des mecs paumés, sans espoir, sans but et dépourvu de tous sentiments qu’une vie trop dure a éradiqué de votre cœur.  Je passe d’un mec qui dort toute la journée à un autre qui ne dort jamais. A la fin de son boulot il est 2h du matin, nous nous asseyons avec ses amis sur le bord de la route jusqu’à 8h du matin, ensuite nous rentrons pensant peut-être enfin trouver un peu d’intimité mais ce n’est pas fini, petit déjeuner, toujours à la bière. Il faut ensuite que je te déshabille, que je te couche, que je te ramasse quand tu tombes du lit ou essuie la pisse quand trop imbibé d’alcool tu n’as pas le courage de te rendre aux chiottes. Le pire, c’est que l’un ou l’autre, je n’arrive pas à vous en vouloir. La vie vous a malmenés et maintenant ce sont ceux qui voudraient vous apporter stabilité et un peu de ciel bleu qui trinquent, mais même ça vous n’y croyez plus. Je réalise maintenant, que la fuite est parfois une solution de courage et la meilleure pour sauver sa peau. Que vais-je devenir maintenant ? Est-ce que moi aussi je vais finir par ne plus croire en rien ou vais-je me réveiller, écouter mes intuitions et enfin me décider à vivre pour moi. 


Music: Skindive "No More Good Guys"

samedi 28 septembre 2013

« Aucune force ne retiendrait de rougir une feuille d’érable »

Un épisode de ma vie s’est achevé là où il aurait dû commencer. C’est étrange tout de même cette « architecture de l’existence »; j’ai beau ne pas croire au destin, je dois admettre que quand « ça ne veut pas le faire » et bien « ça ne le fait pas » et ce, malgré toutes les bonnes intentions et la volonté investie. Je ne sais pas si cela tient au nombre treize ou si en plus d’une quelconque théorie métaphysique je dois aussi ajouter de la superstition à mes nouveaux concepts de vie, mais 2013 aura été une année de merde. Ô bien sûr, il y aura eu des bons moments, des voyages, des expériences mais aujourd’hui, c’est bien cher payer ces instants de plaisir. Le plaisir est éphémère, le bonheur est éternel où du moins les moments qui le composent. Que retient-on lorsqu’on embarque avec la grande faucheuse ? Quelles sont les dernières images ? Quand toute notre vie défile soit disant dans son intégralité, à toute vitesse dans ce qui nous reste de conscient, doit-on encore s’infliger tous les vécus « à la con » ? Nous sommes une machine à nous souvenir. Une odeur, une sensation, un visage croisé dans la rue et l’inconscient lui fait le reste. Il vous renvoi à la figure ce que vous vous êtes donné tant de peine à enfouir quelque part dans votre esprit et même sous une tonne d’autres conneries, aucun poids ne sera assez lourd pour empêcher un souvenir de refaire surface. Pourtant je me sentais bien dans cette ville, j’avais des projets, des ambitions, des envies. Comme un château de sable sur la plage, voilà que la marée monte et que l’eau salée vient menacer l’édifice, les grains de sable mouillés cèdent petit à petit, le château s’enfonce et devient bientôt qu’un tas ne ressemblant à plus grand-chose avant que la nature aplanisse ce qui fut si difficile à construire. Bientôt il ne reste plus rien, une plage déserte et le bruit incessant et régulier des vagues qui n’ont de cesse de lécher langoureusement la plage emmenant avec elle ces grains de sable qui eux, ont déjà oubliés ce qu’ils furent un jour. Alors, il faut repartir ? Oui… il le faut, reconstruire ailleurs… encore, et encore, là où il y a de la vie et de futurs souvenirs ; là où la vie veut absolument me mener.

 
Music: Kate Bush « Wild Man »
Picture: Mer by Setev

dimanche 22 septembre 2013

Tu lis trop de livres # 4


Est-ce la brusque certitude que la beauté ne se possède pas, qu’aucune étreinte ne peut vous la livrer, qu’il faudrait la saisir autrement qu’en jouissant d’elle mais que les hommes ne disposent d’aucun autre moyen d’entreprendre sa conquête ? Ce fut mon plus grand tourment de ne pouvoir forcer les places fortes où elle se retranche ; j’ai compris ceux qui veulent déchirer, détruire l’objet de leur amour. La plus harmonieuse entente physique ne change rien à ceci que l’essentiel de ce qui compose le désir demeure inassouvi. On ne peut posséder un sourire, mais seulement l’écraser avec sa bouche.
Pierre Herbart «L’Age d’or »

dimanche 15 septembre 2013

« Every man has his secret sorrows which the world knows not; and oftentimes we call a man cold when he is only sad. » - Henry Wadsworth Longfellow

Parmi tous les chemins possibles et inimaginables, il a toujours fallu que je prenne ceux les plus escarpés, pourquoi ? Je pense que ce sera la question de ma vie : « où vais-je ? » Bien plus que « qui suis-je ? » On s’est rencontré avec un simple « bonjour » et notre « au revoir » est bien compliqué. Il aurait été trop simple que les choses se terminent ainsi, en arrêtant de se contacter. Tu reviens sans cesse me chercher et me relancer. Je suis faible, je réponds, à chacune de tes crises d’angoisse et de solitude que tu élimines en allant baiser dans n’importe quel « cruising spot » de la ville et il y a de quoi faire. Et moi, je suis là, à m’inquiéter non seulement pour toi qui n’arrête pas de me dire « de toute manière je n’ai plus rien à perdre » et pour moi qui erre dans ma vie sans vraiment savoir quoi en faire. Il faudra bien pourtant mettre un terme à tout ça. Ma vie ne ressemble à plus rien ; l’image que j’en ai, c’est une usine désaffectée, un grand hangar vide ou il resterait quelques papiers flottants au gré des courants d’air, un calendrier punaisé au mur, des vitres salies par la pluie et des toiles d’araignées tissées aux néons de poutres métalliques rouillées : du vide, des gravas de souvenirs, de la poussière, et des reliques d’un temps révolu et dépassé. Je lutte dans ma vie de tous les jours pour dissimuler cette… déchéance et chaque nouvel effort me déprime et m’épuise. Je serais incapable de dire pourquoi je t’aime. Tu es un beau garçon mais cela n’est jamais vraiment entré en ligne de compte dans le choix de mes partenaires. Le sexe ? Pas plus original qu’avec quelqu’un d’autre même en deçà pour être honnête ; ton attention, ta tendresse ? Hum ?! Presque inexistantes. Je pense que j’aime une image de toi, celle que je me suis faite, celui que j’aimerais que tu deviennes. Et ça… cela mène tout droit à la dérive, à rien, au néant : à maintenant.

 
Music: Anthony Hamilton "I Used To Love Someone" 

lundi 9 septembre 2013

« Exister est un fait, vivre est un art » - Frédéric Lenoir

Certaines nuits, je me retrouvais dans ma cuisine plongée dans le noir, assis, une cigarette à la main, sans même l’envie de fumer mais juste pour consumer le temps. Un temps dont je ne savais que faire. Je passais mes journées à répondre à des annonces qui n’avaient aucunes réponses, même pas négative, rien, le néant. Je ne regrette pas les anxiolytiques, ils me permettent d’être plus posé et de voir les choses de manière plus claire et moins passionnée. J’ai su que j’avais pris une sage décision à la tête de mon médecin quand il m’a pris la tension, j’ai bien cru qu’il allait siffler. Tu étais pressé que je vienne, moi j’avais hâte de te retrouver mais quelque chose clochait. Tant que tout ce que nous projetions ensemble ne trouvait pas de logique tous les choix que nous aurions faits n’auraient eu aucun sens. Toi en fait tu attendais, tu m’attendais… sans rien faire. Tu essaies de me recontacter mais je reste silencieux. Si je venais à t’écrire un seul mot, un seul, tout repartirait comme avant. Peut-être penses-tu que je suis comme tous ces autres qui t’ont abandonné pour une raison ou une autre, que je ne suis qu’un autre Européen qui n’a pas tenue sa promesse. Qu’importe ce que tu penses en faites. Tu t’es assez peu préoccupé de moi durant toutes ces semaines où je trimais et ce que moi je pouvais penser ou ressentir t’étaient égal. Tu t’en remettras plus vite que moi. Tu disais m’aimer, pour d’obscures raisons que je n’ai jamais saisies. Moi, je t’aimais comme un gosse, d’Amour. Je m’imaginais que tout s’effacerait, que tout irait mieux quand nous serions ensemble, que tu serais différent mais je serais allé, j’en suis certain, au-devant de grandes déceptions. Il y a toujours un moment dans la vie où, souvent au bord du précipice, lorsque nous essayons de nier la réalité, sa main vient nous cueillir au bon moment, quand le pied dérape pour nous entraîner vers le vide. Aujourd’hui, notre rencontre n’a pas de sens, mais si je t’ai rencontré c’est sans doute que cela devait arriver ; seulement, comme souvent dans mon existence, pas au bon endroit ni au bon moment.    

 
Music: XX "Sunset"  

jeudi 5 septembre 2013

Tu lis trop de livres # 3


Deux mots à propos du sexe : cela ne m’intéresse pas. Traitez-moi de ringarde si ça vous chante, mais ce n’est pas ma tasse de thé, c’est tout. Physiquement, je trouve que c’est un choc pour l’organisme. Et sentimentalement, eh bien je n’ai rien à faire de tous ces psychologues qui nous disent que c’est un échange spirituel entres deux êtres et une ouverture à l’émerveillement de la vie. Ce qui m’émerveille, moi, en pareille situation, c’est la lenteur avec laquelle les minutes défilent sur mon réveil digital. […] Comme je dis toujours, pas besoin de ça pour vivre. C’est juste une mauvaise habitude de plus, comme la cigarette.
Robert Plunket « Jock-straps »

mardi 3 septembre 2013

« Quand le soleil se lèvera à l’ouest et se couchera à l’est, quand les mers seront asséchées, quand les montagnes frémiront au vent… comme des feuilles » Game of Thrones – Final Season I

Forcé de reconnaître que je me suis planté, tu m’as recontacté. Des messages que je n’ai pas comptés et deux appels en absence. Vue la distance qui nous sépare, j’en conclue que cela signifie quelque chose. Bien sûr, il y a une connexion entre nous, un lien indéfinissable, un « possible » même. Il est clair aussi que, comme dans toute relation, il y en a un qui aime plus que l’autre (si, si, je t’assure), ou un qui aime différemment, ou les deux à la fois. Dans ce dernier cas, le plus extrême, donc celui dans lequel nous sommes (forcément), cela rend les choses beaucoup plus complexes (comme si elles ne l’étaient déjà pas assez) au point de mener tout droit vers la dépression et d’envisager un petit trimestre sous Temesta. Le plus étrange, c’est que j’ai en moi les réponses, que ce sont les bonnes, j’en suis convaincu. Cependant il me manque quelque chose pour les appliquer : le courage. Je n’ai aucun mal à reconnaître cette faiblesse qui m’accable actuellement, je me rends bien compte que je n’arriverai pas seul à sortir de ce marasme et que j’ai besoin d’aide. Cette aide, elle ne viendra pas de toi et en ce qui me concerne, je me sens trop faible pour grimper cette corde à nœuds et me sortir de ce trou dans lequel je suis tombé. Alors, disons qu’un peu de chimie peut aider, quand elle n’efface pas les problèmes mais permet de calmer l’esprit pour les résoudre, y voir plus clair et prendre ce que j’espère être de « sages et bonnes décisions. » . Mais c’est le courage pour les appliquer qui me manque car la conséquence inéluctable sera notre séparation. Le fait simplement de me l’imaginer me bloque la respiration au point de suffoquer. Tu ne veux pas l’entendre mais il arrive parfois que des chemins se croisent mais ne se recroisent pas car les conditions ne permettent pas d’édifier quelque chose de viable. Pour toi, il me suffit d’acheter un billet d’avion et de te rejoindre car tu te moques de quoi sera fait demain. Pourtant « demain » se prépare « aujourd’hui ». Si seulement l’argent se cueillait sur les branches des arbres, si l’on pouvait vivre de l’air du temps, si un peu de pain et d’eau avec un toit pour nous abriter était suffisant, je serais sans doute déjà à tes côtés. Il n’en est rien. Je ne sais comment te l’expliquer, je suis rongé par la culpabilité et par un certain sens ridicule du devoir vis-à-vis de toi. « Ce qui est juste est simple » me disait un jour un ami ; notre obstination dans la voie que nous avons prise ne mène à rien, du moins à rien de bon. Il faut nous préparer à se dire « au revoir » pour de bon. Pour être plus exact, il faut que je te prépare à me dire adieu. 

 
Music: Devics "Just One Breath"

dimanche 1 septembre 2013

Les Autres # 1

La chambre et… le reste

« C’est étrange ». Après cette courte phrase, Stéphane a laisser planer quelques secondes de silence. Je suis là, à côté de lui, dans cette pièce que j’ai refaite pour être ma chambre. Je l’ai alors regardé d’un air circonspect en attendant la suite qui n’est venue qu’une fois que j’ai ajouté : « Qu’est-ce qui est étrange ? ». Il me répond alors : « tu habites un grand appartement qui est à l’image de ta chambre, tu ne l’as jamais investie, comme si tu t’apprêtais à partir ». Encore un silence, mais cette fois, je n’avais rien à ajouter. C’est vrai que chez moi tout est très spartiate, simple, dépourvu du superflu. Mon sommier se compose de quatre palettes récupérées sur lesquelles j’ai posé un matelas futon ; une idée amusante vue dans un magazine déco chez le coiffeur . Ce qui fut moins amusant, c’est de les monter au 6ème étage sans ascenseur. Trois murs sont peints en blanc et un en rouge. Je me suis dit que cette dernière couleur allait peut-être influer sur mon sommeil, mais c’est plus sur mon appétit qu’elle a de l’effet, allez savoir pourquoi ? Quelques livres en cours à même le sol, une lampe de chevet, et une prise anti-moustique. Voilà, c’est tout. Je ne me sens bien nulle part. Quand j’entre dans le dressing, la valise est là en évidence. Je ne peux pas nier que j’attends le moment de l’ouvrir avec impatience et d’y bourrer le peu d’effets que j’ai et de me barrer. Mais pour aller où ? Là où mon cœur se posera. La réponse et la bonne c’est celle-ci. Là, ou mon cœur se posera, je m’établirai et je vivrai. Pour l’instant, je survis, je joue la comédie dans un décor qui n’est pas le mien, dans une chambre que j’ai voulu faire mienne et qui ne le sera jamais, dans un appartement qui ressemble plus à un hall de transit. Tout ce qui peut me ramener à la dure réalité, ce sont les battements d’ailes saccadés d’un moustique effectuant sans doute son dernier vol, victime du seul objet de cette chambre accroché au mur.


Music: Apparat "Goodbye"

jeudi 29 août 2013

« Rien n’est plus réel que le rien » - Samuel Beckett

Il n’y a pas d’échelle de mesure pour la douleur sentimentale. Peut-être il y en a-t-il une pour la douleur physique entre une petite coupure et une jambe cassée. Mais pour la douleur sentimentale, il n’y a pas de degré inférieur ou supérieur : on souffre, point barre. J’ai tout essayé et à un moment donné, « il est sage de se rendre à l’évidence » une tournure légère pour admettre que la réalité peut-être effroyablement expéditive : ce n’est pas possible entre nous, du moins pas dans ces conditions. Nous ne nous comprenons pas. A coup de textos, de dials nous n’avons même plus assez de mots pour justifier nos désaccords. Alors, nous nous sommes dit au revoir. Connaissant mon penchant pour l’auto-flagellation j’ai supprimé tous les comptes où tu apparaissais. Cette nuit, je dormirai avec le téléphone dans une autre pièce depuis bien longtemps. Je sais que tu ne me contacteras pas. Les hommes que j’ai aimés ne l’ont jamais fait, c’est toujours moi qui ait eue cette faiblesse. Cette fois, il pourrait bien en être autrement. Je ne ressens ni déception, ni tristesse. Je pourrais ressentir un soulagement, une libération mais il n’en est rien. Tout ce qu’il me reste, c’est un vide, un vide immense et sans doute encore quelques interrogations ; plus sur moi que sur toi d’ailleurs, dont la première est : pourquoi cela doit toujours se passer et se terminer ainsi ? Je suis sorti, j’ai bu quelques verres histoire de me libérer de cet appartement aux tomettes ultra-lustrées à force d’y faire les cent pas. J’essaie de ne pas trop aller sur le balcon quand mon alcoolémie est borderline. La seule chose qui me libère, c’est le sommeil qui peine parfois à venir tant il m’arrive de ne pas dormir, trop concentré à compter les moutons. Peut-être, mes nuits me font-elles peur également car j’ai le risque de t’y croiser aussi.

 
Music: Archive "Again" 

jeudi 22 août 2013

Tu lis trop de livres # 2

Tu sais ce que je pense ? La plupart des gens, à quelques exceptions près, traversent la vie persuadés que l’existence et le monde sont ou doivent être fondamentalement logiques et consistants. C’est l’impression que j’ai quand j’entends parler les gens qui m’entourent. Dès qu’il arrive quelque chose, dans la société ou sur un plan individuel, il y a toujours quelqu’un pour dire : « il s’est passé ceci, et par conséquent, il en a découlé cela », et les autres acquiescent en disant : « Oui, bien sûr, c’est logique. » Mais moi, je trouve que ça n’explique rien. C’est comme de mettre un mélange instantané pour flan dans un ramequin à couvercle et le de le passer au micro-onde. Quand la sonnerie retentit, on soulève le couvercle et on est sûr de trouver un flan dessous. Mais qui sait ce qui s’est passé entre-temps sous le couvercle ? Si ça se trouve, le flan s’est métamorphosé en macaronis au gratin avant de redevenir un flan au moment où retentit la sonnerie. Moi, je me sentirais plutôt soulagée si, au moins une fois, je découvrais des macaronis au gratin à la place du flan. Evidemment, je serais sans doute un peu surprise mais pas tellement déconcertée, je crois. En un sens, ça me paraîtrait beaucoup plus réel. Expliquer par un raisonnement logique en quoi ça serait plus réel me paraît extrêmement difficile mais si tu prends comme exemple le chemin qu’a suivi ma vie jusqu’à présent, et que tu réfléchis bien, tu comprendras facilement ce que je veux dire : il n’y a pas le moindre brin de logique là-dedans. […] Peut-être qu’il existe deux sortes de gens, et que pour les uns le monde est logique façon flan, et pour les autres, imprévisible façon gratin de macaronis. 
Haruki Murakami   « Chroniques de l’oiseau à ressort », Chapitre 19 – La fille des crapauds sans cervelle (le point de vue de May Kasahara, V)

lundi 19 août 2013

« Live or die, but don’t poison everything » - Ann Sexton

Ma vie me semble être un terrible échec. Bien sûr, j’ai déjà été dans cet état dans le passé, et je m’en suis relevé. Seulement, à chaque fois je tombe un peu plus profond ; et en ce moment, pour aller plus profond, il faudrait que je creuse. Je pense être en pleine dépression, mes jours sont aussi courts que mes nuits, je ne trouve pas le repos et j’ai envie d’en finir avec toi. Entre autres faits que je n’ai plus confiance, ni en ce que tu me dis, ni en ce que tu fais, je ne vois plus trop l’intérêt de continuer. Je ne t’en veux pas, c’est en grande partie de ma faute. J’ai toujours construit ma vie et mes projets autour de quelqu’un en m'oubliant complètement. J'ai dépensé des fortunes en temps, énergie et argent pour des amours qui sentaient l'échec à des kilomètres comme de l'alcool frelaté qui sortirait d'un alambique. Ce fut toujours des garçons dans ton genre... On essaie tant bien que mal de faire tenir l'affaire, ça casse, on recolle et ça finit par nous exploser à la gueule et le blessé est toujours le même : celui qui ne s'était pas protégé. Il est possible que je me trompe et que mes émotions actuelles intensifient ce sentiment, mais je ne vois pas d’issue : aucunes. Je voudrais me libérer te tout ce qui m’attache à toi (évidemment) mais aussi des autres et des scories que je traîne derrière moi comme un chewing-gum collé à la godasse ;  être enfin libre. Je ne sais pas très bien ce que je ferais de cette liberté mais elle vaudra bien mieux que cette impression d’être enchaîné comme Prométhée à son rocher, les entrailles bouffées par les cormorans.


 
Music: Emiliana Torrini "To Be Free"

jeudi 15 août 2013

« Bateau qui coule ne saurait porter la lune » - Cui Zi’en

Est-il possible que je sois capable de prendre de bonnes décisions alors que j’ai l’impression d’être assis dans une voiture de course lancée à toute vitesse contre un mur ? Il est difficile d’avoir une conversation ensemble qui mène à quelque chose. Parfois, je me retrouve devant mon écran attendant la suite de notre dialogue qui ne viendra que le lendemain et encore sans aucune réponse à mes questions. Je me sens si fatigué et éprouvé psychologiquement par cette distance et tous ces doutes à ton sujet qui m’assaillent. Il ne s’agit pas seulement de ces deux continents qui nous séparent mais bien que toi et moi vivons dans « des » mondes complètement différents. Je suis épuisé, si bien que tout me paraît insipide de mon café le matin à la nourriture que je suis obligé d’ingurgité sans faim ni plaisir. Je ressens un telle angoisse que mes entrailles semblent être emplies de vide et même l’air que je respire me blesse les poumons.  Depuis plusieurs mois, je me bas avec dévouement en m’oubliant moi-même. Nos incompréhensions ont donné naissance à un ennemi que j’ai construit moi-même de toute pièce et à qui je dois livrer bataille, contre lequel je me sens perdre chaque jour qui passe. Tu me poses toujours les mêmes questions auxquels je donne toujours les mêmes réponses ;  je cherche à savoir mais tu évites avec une maladroite habileté tout ce qui pourrait m’éclairer sur ce que tu fais à des kilomètres de moi. J’ai perdu la foi en ce que je fais, en toi et bientôt en moi ; je suis un infatigable et un obstiné mais à quoi bon être un excellent rameur quand le navire coule au fond de l’océan. 

 
Music: Lonny Breaux "Overload"

mardi 13 août 2013

Tu lis trop de livres # 1

C’est très impressionnant une crise d’angoisse même si c’est très différent d’une personne à l’autre. Chez moi, l’esprit ne fonctionne plus que par à-coups et le corps ne répond plus normalement. C’est un abîme insupportable parce qu’il laisse entrevoir un dysfonctionnement intime inexpliqué et incontrôlable. J’ai pu tout au plus apprendre à vivre avec. Apprendre à vivre avec, ça veut dire une peur irraisonnée qu’à chaque instant tout se détraque : à la boulangerie, au volant, en reportage, chez des amis. Ça veut dire n’avoir jamais de repos tant que je n’aurai pas trouvé le facteur déclenchant. Je n’ai pu qu’adapter ma vie autour de ce désordre aléatoire. Je suis sujet aux crises d’angoisse depuis l’enfance. Elles portaient alors d’autres noms : tétanie, hypoglycémie, spasmophilie, malaises vagaux, etc. Je peux aujourd’hui leur donner un nom définitif, si ça ne m’aide pas à vivre, c’est quand même toujours ça de pris. 
Manu Larcenet "Le Combat Ordinaire"

lundi 12 août 2013

« La vie n’a pas de sens ; ni sens interdit ni sens obligatoire, elle va dans tous les sens. Elle fait mal aussi longtemps qu’on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans l’autre. Si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle est le sens ! » - Christiane Singer

Rien ne va vraiment comme je le voudrais, depuis plusieurs mois déjà. Je suis incapable de dire si ton arrivée dans mon existence est une cause ou une conséquence de cette vie complexe à laquelle j’ai du mal à donner un but. Si je t’écris ici, c’est aussi pour te faire exister plus intensément dans ma vie. Plus encore, pour dissiper toutes ces incompréhensions entres nous qui me font souffrir. Nos derniers échanges ont été douloureux… pour moi en tout cas. Tes mots étaient autant de flèches qui me pénétraient aux endroits les plus fragiles et sensibles. En plus des difficultés à retourner te voir dans de bonnes conditions, s’ajoutent maintenant à cela tes doutes qui me sont insupportables. Je m’interroge également et je me dis que si tout est aussi compliqué c’est que peut-être quelque chose ne colle pas. Malgré nos différences culturelles, de caractère ; nos visions différentes de l’avenir, je garde espoir et je t’aime toujours ; je crois que quelque chose est possible même si je m’aperçois et ressens que tu es en train de lâcher prise. Je ne devrais pas mais pourtant, je ne peux m’empêcher de faire des analogies avec le passé et l’issue de situations similaires ne m’ont jamais été favorable. Laissé au bord de la route avec les efforts accomplis mais puni de ne pas avoir réussi, avec mes gants de boxe pour me battre sur un ring contre un adversaire bien plus fort que moi, sans personne pour me motiver ou me soutenir et avec mes sentiments dont je ne saurais que faire quand d’ici peu tu me diras que tu ne crois plus en nous. Même si je me prépare à ça, je sais que je ne pourrai pas m’y résoudre. Les bien-pensants voudraient que je centre mes objectifs sur moi avant d’y inclure quelqu’un, mais ma vie c’est être avec « quelqu’un ». Depuis plusieurs années maintenant, je m’interroge sur le sens de ma vie, en a-t-elle un d’ailleurs ? Je me sens perdu. Perdu « sans toi » aujourd’hui et perdu pour plusieurs années si demain tu décides de vivre « sans moi »


Music: Sade Adu "Every Word"

mardi 6 août 2013

« Dans les moments d’émotion intense, une fraction de seconde équivaut à une éternité » - Jonathan Coe

Ton sourire lors de notre première rencontre reste gravé dans ma mémoire. Je te revois, assis parterre, te tourner vers moi… et me sourire. « Sourire », ce mot, ce verbe est désormais attaché à toi, il me suffit de l’entendre et je le vois, je te vois. Pourtant, je n’attendais rien de ce voyage, c’était en janvier dernier. Je devais simplement passer un peu moins d’un mois d’entrainement sportif intense à l’étranger. Un voyage dans un but un peu égoïste, m’occuper de moi, en profiter, sans dépendre de quoi ou qui que ce soit. Elle était tellement loin de moi cette idée que je pourrais faire une rencontre et surtout qu’elle serait si déterminante. Puis, l’on s’est quitté, en se promettant de se revoir mais je crois qu’un seul de nous pensait à ce qu’il disait. Il y a eu des Emails bien sûr, des textos parfois, puis les messages se sont espacés, jusqu’à disparaître… mais ton sourire lui était toujours là.  J’ai décidé de repartir, j’avais besoin de savoir si les sentiments que j’éprouvais pour toi pourrait se couler dans le béton plutôt que se noyer dans du sable mouvant. Un jour après mon arrivée, tu m’envoyais un texto pour me souhaiter la bienvenue. Le jour d’après tu m’as téléphoné pour que l’on se voit. Et, le jour suivant tu frappais à ma porte… sans mot dire, tu m’as pris dans tes bras, tu as collé ton corps contre le mien. Cette nuit-là fût une nuit de plus avec toi à profiter de chaque minute comme on compte les étoiles en espérant que le temps s’arrête… pourtant cela semblait ne tenir à rien, à pas grand-chose, pourtant c’est immense, infinie… ça semble rien un sourire mais pourtant le tien a bouleversé ma vie. 


Music: Fiona Apple "The First Taste" 

samedi 3 août 2013

« Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui » - Paul Morand

Tu es à des milliers de kilomètres de moi, je dois faire avec. Nous communiquons par textos et mon visage se fige lorsque tu m’écris «  je ne veux pas être seul, viens le plus vite possible ». Le monde est stupide ou plutôt la poignée d’hommes pseudo-influents qui en emmerdent une majorité d’autres en les empêchant de se déplacer, de travailler d’un pays à l’autre. Moi, qui pensait encore il y a encore pas très longtemps que la planète appartenait à tout le monde… je me rends compte maintenant qu’il n’en est rien. Partir travailler dans ton pays ou te faire venir habiter dans le mien, tout pose des problèmes inextricables. J’ai l’impression de faire un bond de 7 ans en arrière, lorsque là aussi je me trouvais face à une relation à distance, l’issue fut… le mur. Un mur en granite épais, qui ne m’a pas épargné, qui m’a laissé des blessures profondes et cette peur que tout recommence encore aujourd’hui. Je cherche des solutions, je réponds à des annonces, j’établie des contacts, je m’astreints à ça tous les jours avec très peu de retour mais ténacité. J’essaye d’élargir les champs des possibilités mais mon esprit est trop agité. Il serait bon de laisser reposer tout ça. C’est un peu comme l’eau de la mare dont on a remué la vase et qui la trouble jusqu’à la rendre opaque. Peut-être que si je cessais d’agiter mon esprit, mes pensées lourdes qui me tourmentent se déposeraient au fond de l’eau et ma conscience en viendrait à se clarifier… « avoir les idées claires ». Peut-être ceci laisserai apparaître d’autres voies, des opportunités se montreraient enfin… Mais il y a le temps… le temps… celui dont nous avons besoin… pour être ensemble. 


Music: The Radio Dept “I Wanted You to Feel the Same”

jeudi 1 août 2013

« Qu’importe les marées, les vents, les assauts ; toujours l’homme avisé s’accordera repos »

Ce n’est pas caniculaire, mais l’été est chaud et ça me plaît. Aimer quelque chose n’en empêche cependant pas les méfaits (c’est valable pour tant d’autres domaines). Aussi, malgré la fenêtre ouverte et un brin d’air qui s’immisce à travers les persiennes, j’ai du mal à trouver le sommeil. Allongé nu sur mon futon, j’accuse la chaleur de m’empêcher de dormir comme Meursault accuserait le soleil de lui faire perdre la raison. Je cogite, je ressasse, je tente de lire, j’angoisse, je m’énerve, je tourne et vire mais rarement je trouve un franc repos réparateur. Si bien que, de mes nuits agitées, jamais ne sort aucun Eurêka que la détente avait bien volontiers livré à Archimède. Au début du mois dernier, quand j’ai refait cette petite pièce où je suis censé dormir, je l’ai conçue en pensant à la chambre jaune de Van Gogh. Elle est bien différente, c’est évident mais elle a cette simplicité, ce dénuement et une fenêtre qu’on imagine s’ouvrir sur une vue magnifique comme dans son tableau. Peut-être bientôt viendras-tu t’allonger-là et te reposer à mes côtés. Si ce jour arrive, je sais que je n’aurais aucun mal à m’endormir. Tes bras, les battements de ton cœur, ta respiration, ton souffle tiède venant terminer sa course dans ma nuque m’ont toujours apaisé au point qu’à peine quelques minutes après avoir apprécié ces sensation, je laissais la chaleur de ton corps m’emporter dans un sommeil profond. Pour l’instant, je ne peux que m’endormir sans ta présence pour me réveiller avec ton absence. Tu vois, tu me manques… à chaque instant.


Music: Lonny Breaux "I Need It"
Picture: Vincent Van Gogh "La Chambre Jaune" 

lundi 29 juillet 2013

« Tu ne sais pas à quel point tu ne sais pas ce que tu ne sais pas » - Rabbi Nahman

Un ami me disait un jour qu’il ne regardait jamais la météo car le fait de « savoir » inhibe l’être humain : « Il suffit que la speakerine annonce de la pluie et hop, on oublie le piquenique pour trois malheureuses gouttes d’eau et on reste devant la télé comme des jambons ». Parfois, vaut-il mieux ne pas savoir alors ? Est-ce fuir la réalité ? Être lâche face à la vérité ? Où est-ce une preuve de grandeur d’âme que d’accepter les choses et les gens tels qu’ils sont ? Je me suis senti tellement démuni face à ton silence. Le pire dans le silence est que l’on peut s’imaginer n’importe quoi, souvent le pire. J’avais des doutes, des interrogations et je voulais des réponses ; le peu d’éclaircissement sur toi et sur ta vie appelait d’autres doutes et d’autres interrogations…  Cela n’en finissait jamais, cela me rendait dingue, je ne savais plus qui je devais haïr : toi pour ton mutisme ou moi pour mes incessants interrogatoires. Mais haïr c’est toujours aimer, c’est toujours avoir des sentiments ; ne plus aimer c’est être indifférent et nous ne l’avons jamais été l’un pour l’autre. Il y a eu cette nuit, où après une dispute j’ai marché pendant des heures jusqu’à chez toi, pendant des kilomètres jusqu’à me perdre. Mais toi, malgré l’immensité de la ville, tu m’as retrouvé. Tu t’es arrêté près de moi en scooter. J’étais en sueur et épuisé. Tu n’as rien dit, je suis monté derrière toi. Tout en roulant, tu as pris ma main et tu la serrée contre toi. J’ai su que tu m’aimais à ce moment-là. Aujourd’hui, beaucoup de choses s’expliquent, sur toi, ton comportement, sur ce qui s’est passé entre nous durant ce mois de juin. Mais je ne sais toujours pas si c’est bien ou non de savoir, ce que je sais en revanche, c’est que cela ne change rien : je t’aime.

 
Music: Jewel "Foolish Games"


samedi 27 juillet 2013

« La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe, c'est d'apprendre à danser sous la pluie » - Sénèque

Ils sont étranges tous ces sentiments qui se bousculent en moi. Il y a le manque, l’amour, la passion mais aussi la colère, la rancune, la tristesse. Et puis, il y a également l'absence. Une absence insoutenable, cette lourdeur à l’estomac qui donne envie de crier et de me jeter contre un mur pour m’y cogner jusqu'à ce que la douleur physique se substitue à celle psychique. Suis-je à ce point faible pour être prisonnier de mes émotions, dépendant à ce point de toi ? Pourtant, il y a un lieu en moi où tout est calme, un endroit où les difficultés n’existent plus, où la douleur laisse place à l’apaisement, un « chez moi » où tu es là, près de moi, en sécurité. Il y a dans mon esprit, cet espace hors du temps, sans passé, juste un présent où je peux t’aimer sans anticiper le futur. Un ponton face à une mer calme baignée par un soleil qui traîne à se coucher, les pieds dans l’eau, l’un à côté de l’autre, nos doigts entrecroisés, nous regardons dans la même direction.


Music: The Cinematic Orchestra "To build a home"
Picture: Steve Walker